Conférence de souveraineté alimentaire : se mobiliser collectivement pour relancer la production locale

par | Juin 9, 2026 | Actualités, Observatoire

Restructurer notre agriculture pour être moins dépendants des importations. C’est un des enjeux évoqués lors de la première conférence de souveraineté alimentaire coorganisée jeudi 4 juin par l’État, la CTM et la Chambre d’Agriculture. L’objectif de ce travail en commun est de concevoir un plan de souveraineté alimentaire (PSA) dans les dix ans.
En 30 ans, la production agricole martiniquaise, toutes filières confondues, est passée de plus de 50 000 à environ 20 000 tonnes. Une chute significative qui nous conduit à importer aujourd’hui 80% de nos besoins alimentaires. Pour sortir de cette spirale, il est urgent de donner aux agriculteurs les moyens de répondre aux défis de leur temps. Et de vivre de leur métier.

Stopper l’hémorragie
Car le constat est édifiant. Dans sa présentation, Karine Lerouvillois, cheffe de projet Souveraineté alimentaire et Transitions agricoles à la DAAF, a mis l’accent sur une surface agricole utile passée en dessous des 20 000 hectares. En 2026, le nombre d’exploitations est de moins de 2000 avec une superficie moyenne de 9 hectares.
Plusieurs données concourent à cette tendance à la baisse. L’âge moyen des agriculteurs est de 56 ans. Celui des chefs d’exploitation dépasse même les 60 ans. 30% d’entre eux travaillent à temps partiel. L’urgence est de favoriser la transmission des fermes et de préparer la relève pour les exploitants et les travailleurs agricoles.
Le président de la Chambre d’Agriculture, José Maurice, a appelé à une concertation permanente avec les agriculteurs pour adapter la politique foncière. « Il faut aussi garantir aux exploitants des revenus suffisants », a-t-il poursuivi. Nicaise Monrose, conseiller exécutif en charge de l’agriculture, a souhaité davantage de moyens pour la structuration des exploitations et des filières. Renouveler le POSEI en le territorialisant et réformer le FEADER pour qu’il soit plus proche de nos réalités. Le préfet Etienne Desplanques a souligné l’importance des échanges autour des diverses options. Et la nécessité de peser sur les échéances à venir : nouvelle politique agricole commune (PAC), évolution du dispositif POSEI et du FEADER.

Des défis majeurs à relever
La plupart des contraintes concernent directement la politique agricole : la réorganisation foncière, la gestion de l’eau, la transition écologique face au changement climatique, l’innovation technologique, les risques phytosanitaires… Mais les défis à relever sont aussi ailleurs. En premier lieu, l’instabilité internationale chronique qui impacte les cours des intrants.
Guillaume Chenut, directeur de la DAAF, a invité les acteurs à fixer des objectifs de production par filière pour préparer 2036. Il a insisté sur l’importance d’identifier des projets structurants. Roselyne Joachim, directrice de la Chambre d’Agriculture, a rappelé les enjeux sociétaux locaux. La pauvreté qui explose, avec un taux deux fois supérieur à celui de l’hexagone. Ce qui conduit les consommateurs à aller vers l’offre alimentaire la moins onéreuse. Et son corollaire, le développement exponentiel des maladies chroniques (diabète, hypertension, obésité) qui touche en majorité les jeunes au sein d’une société vieillissante.

Constat unanime pour les filières
Les représentants des filières agricoles ont dressé un constat unanime : il faut une refonte profonde du système de production grâce à l’adaptation des dispositifs structurels. Ceux-ci doivent être repensés pour coller beaucoup mieux aux réalités martiniquaises et aux contraintes d’aujourd’hui. On soulignera le cri d’alarme de Jerrick Venitus, président des Jeunes Agriculteurs, face à des conditions de travail qui se dégradent. Quelle que soit l’évolution des dispositifs existants, il faudra davantage de moyens financiers pour renouveler la profession et permettre aux exploitants de vivre dignement de leur activité.